Le prado : l’amour pour les pauvres et les petits

Le  prado  : l'amour pour les pauvres et les petits

jean

Témoignage

Jean et Geneviève Delarue habitent le diocèse de Créteil où ils cheminent depuis vingt-cinq ans avec le Prado, une famille spirituelle qui à le souci d’une présence aux plus pauvres. Ordonné à l’âge de 35 ans, Jean est maintenant responsable de la fraternité des diacres du Prado et accompagne la pastorale des personnes séparées, divorcées, divorcées remariées sur son diocèse.

 

Ordonné à l’âge de 35 ans, j’avais un grand désir de servir. Mon Évêque m’a dit le jour de mon ordination: « Jean soit humain avec toi-même pour l’être avec les autres ». J’ai compris que sur ce chemin du ministère, je risquais  de me perdre et de m’épuiser, si je ne comptais que sur moi-même.

En effet, j’étais très investi dans mon métier de travailleur social, j’avais des engagements syndicaux, je participais à la vie de la paroisse et j’accompagnais des jeunes en JOC, tout ça avec une vie de famille bien remplie, car nous avions avec Geneviève 3 enfants qui faisaient notre bonheur. Mon ministère me rendait heureux ! Mais j’ai ressenti le risque de vivre de façon éparpillée, éclatée, surbookée et toujours en tension.

Avec Geneviève, nous ressentions le besoin d’avoir un lieu pour nous ressourcer, faire l’unité dans notre vie et donner du sens à toutes ces dimensions  de nos vies.

Ce lieu-là, nous l’avons trouvé dans la famille du Prado: un accueil simple et chaleureux, des gens qui nous prenaient comme nous étions avec nos enfants. Un espace pour réfléchir au ministère de diacre, mais aussi au couple, à la famille, à notre travail

Ensuite, nous avons appris à connaître Antoine Chevrier, son histoire au cœur de ce Lyon populaire, ses choix radicaux, son désir de former des apôtres pauvres pour les pauvres. Prêtre du diocèse de Lyon (1826-1879), béatifié par le pape Jean-Paul II le 4 octobre 1986, il a consacré sa vie aux plus démunis et à la formation d’apôtres pauvres pour les pauvres.

Antoine Chevrier souffrait de la séparation qui existait entre l’Église de son temps et cette population de «pauvres», «d’ignorants», de «pécheurs» qui était  rejetée aux périphéries de Lyon. Envoyé dans la paroisse Saint André de la Guillotière, il y découvrit la misère ouvrière sous toutes ses formes.

Cet amour préférentiel pour les pauvres et les petits est un point central  dans la spiritualité du père Chevrier qui entre bien en résonnance avec ma mission avec les plus pauvres. C’est aussi un élément constitutif de notre ministère de Diacre. Aussi, nous avons pressenti qu’il pouvait y avoir des accords majeurs entre le diaconat, renaissant dans les diocèses, et les intuitions fortes du Père Chevrier.

 

Suivre de plus près Jésus Christ

La nuit de Noël 1856, le Père Antoine Chevrier, méditant devant la crèche, vit un événement tout intérieur qu’il appelle sa conversion : « le Fils de Dieu est descendu sur la terre pour sauver les hommes et convertir les pécheurs. Et cependant que voyons-nous ? Que de pécheurs il y a dans le monde ! Les hommes continuent à se damner. Alors je me suis décidé à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus près pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des âmes ».

Cette  nuit-là, Antoine Chevrier s’est senti  appelé  à suivre Jésus Christ de plus près et a conçu le projet de vivre en prêtre selon l’Évangile pour répondre aux immenses besoins apostoliques qu’il voyait autour de lui.

Après 22 ans d’ordination et de cheminement avec la famille du Prado, j’ai décidé à mon tour de suivre Jésus Christ « de plus près » en m’engageant au Prado.

 

« L’Esprit Saint  c’est tout »

Pourquoi ce choix de m’engager au Prado ?

J’y ai trouvé d’abord une école de la simplicité pour vivre mon ministère

J’y  ai trouvé aussi une école de l’Évangile. Antoine Chevrier était un homme pétri d’Évangile. Il passait de longues heures à lire, à écrire et méditer l’Évangile. Avec Antoine Chevrier, entrer dans l’Évangile, c’est comme entrer dans une maison. Là aussi, c’est simple, mais il faut prendre son temps, temps d’oraison, temps de méditation et de partage avec les autres, temps de prière. Le Père Chevrier nous invite  à cette fidélité  à l’Évangile,  à cet enracinement sans lequel aucun ministère ne peut tenir.

J’y ai trouvé une école où j’apprends à ne pas compter sur mes seules forces,  à renoncer à vouloir tout contrôler et à laisser l’Esprit me guider. Pour le   père Chevrier, «l’Esprit Saint, c’est tout ! ». Pour lui,  le vrai formateur est L’Esprit Saint, lui le Maître intérieur qui « nous enseigne toutes choses ».

J’y ai trouvé un lieu d’intériorité. Avec le Père Chevrier, j’essaie de mettre d’abord l’intérieur avant l’extérieur : « En nous, c’est l’Esprit Saint qui doit produire tout l’extérieur. Il faut commencer à mettre en nous l’Esprit de Dieu et quand il y est, il fait comme la sève de l’arbre, il produit en nous tout l’extérieur » car dans le ministère, le risque est grand de vouloir fonctionner, de se perdre en activisme et d’être en représentation.

Enfin, j’y trouve une école de fraternité: au Prado, j’ai trouvé des frères et des sœurs avec qui faire route sur les chemins parfois escarpés du diaconat. Nous partageons nos questions, nos peurs et nos joies. Cette amitié dure depuis plusieurs années, elle est un vrai soutien. Chaque année, nous nous retrouvons pour une récollection et une retraite tous les 3 ans. Plusieurs d’entre nous, sommes dans des équipes pour faire étude d’Évangile et partager notre vie.

Diacres permanents, mariés pour la plupart, avec nos épouses, diacres veufs ou célibataires, nous répondons à un appel de Dieu en prenant le Père Chevrier comme guide et en choisissant de faire de l’Évangile notre règle de vie et la source de notre action apostolique. Ainsi il est possible de manifester cet engagement en s’associant au Prado. Nous ne sommes pas diacres du Prado mais nous restons diacres diocésains. Les épouses de diacres participent à part entière à la fraternité, elles ont la liberté soit de s’associer avec leur mari ou bien d’être amie du Prado.

Se ressourcer  à l’Évangile

En 2015,  à la Toussaint, la Fraternité vient de vivre un moment important et décisif de son histoire : réunie en assemblée, elle a voté des orientations pour les 4 prochaines années et les membres associés ont élu leur responsable et le conseil composé de 4 diacres et une épouse qui assurent la conduite de la fraternité.

Notre vocation est d’offrir à tous les diacres permanents qui le souhaitent, ainsi qu’à leurs épouses, de se ressourcer dans l’évangile à l’école du Christ Serviteur et à la manière du Bienheureux Antoine Chevrier, pour « tenir bon auprès des plus pauvres, des petits et des blessés de la vie « .

Jean DELARUE

Responsable de la fraternité des diacres du Prado

Article  paru dans Diaconat aujourd’hui n°182-183 dans le dossier : diaconat et familles spirituelles

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